Investissements

Investissements et Politiques publiques dans le secteur de l’impression 3D

Selon le Gartner’s Hype cycle 3D printing 2015, organisme de référence qui étudie l’évolution du marché depuis 20 ans, de nombreuses applications de l’impression 3D arrivent aujourd’hui à un stade de maturité appelé plateau de productivité.

Investissements Gartner hype cycle 2015

Les investissements, notamment publics, dans l’impression 3D, doivent être compris à l’aune des enjeux de désindustrialisation auxquels sont confrontés les pays dits développés et industrialisés, qui ont perdu ces dernières décennies des pans entiers de leurs industries et donc de leurs emplois au profit des pays émergents comme l’Inde ou la Chine. La promesse de ré-industrialisation de l’impression 3D, couplée à la certitude d’acquérir des avances de phase technologiques en développant des machines de plus en plus pointues et donc difficilement copiables, ont poussé un certain nombre de décideurs politiques responsables à s’emparer de ce vivier potentiel de croissance et emploi. L’enjeu en termes d’emplois n’a pas échappé à la puissance publique, qui a décidé de miser gros sur ce secteur de l’industrie manufacturière, afin d’en faire un véritable levier de développement et d’innovation. On mesure l’intérêt des dirigeants nationaux, et leurs investissements, à la hauteur de leurs déclarations.

Voici quelques verbatim et politiques publiques menées dans les pays.

Aux États-Unis, le président Obama déclarait lors de son discours à l’état de l’union en 2013 : L’année dernière, nous avons créé notre premier institut pour l’innovation de la fabrication à Youngstown dans l’Ohio.  Aujourd’hui ces entrepôts délabrés sont devenus des laboratoires de pointe où les employés maîtrisent l’impression 3D qui a le potentiel de révolutionner la manière dont nous fabriquons pratiquement tout. Il n’y a aucune raison que cela ne se passe pas aussi dans d’autres villages. C’est pourquoi ce soir, j’annonce le lancement de trois centres de fabrication supplémentaires, où les entreprises collaboreront avec les Départements de la Défense et de l’Energie pour transformer les régions sinistrées par la mondialisation en des centres internationaux de hautes technologies. Et je demande au Congrès d’aider à la création d’un réseau de quinze de ces centres et de s’assurer que la prochaine révolution en matière de production est menée en Amérique. Si nous voulons fabriquer les meilleurs produits, nous devons également investir dans les meilleures idées. »

Afin de lutter contre la crise économique internationale qui a affecté en premier lieu les États-Unis dès 2008, le Président Obama a lancé une campagne appelée « We can’t wait » afin de mettre la pression sur le Congrès américain pour libérer des fonds de relance de l’emploi industriel. Une enveloppe de 447 millions de dollars a ainsi été débloquée en 2012 afin de miser sur les technologies industrielles nouvelles, dont l’impression 3D au premier chef. De nouveaux partenariats entre public et privé ont ainsi été mis en place, créant de facto un écosystème favorable à l’émergence et la coopération de projets ambitieux.

En Allemagne, il y a quelques années, une commission d’experts pour la recherche et innovation a planché sur le sujet et déclaré : « Il s’agit potentiellement d’une technologie-clé. Comme telle, elle peut servir à renforcer la production industrielle en Allemagne. Elle peut aussi servir à limiter les transferts de création de richesse et d’emplois vers d’autres territoires et même contribuer à rapatrier en Allemagne certaines parties de chaînes de valeur. »

En conséquence, les pouvoirs publics ont décidé de déployer huit pôles de compétences référents en fabrication additive sur le territoire allemand, qui forment aujourd’hui la partie la plus visible du panorama de l’expertise allemande. Ils sont composés d’un coté des centres Fraunhofer (l’institut allemand spécialisé dans la recherche en sciences appliquées) par exemple à Brême, et de l’autre de pôles universitaires à Hambourg, Nuremberg ou encore Essen.

En Chine, les chinois ont mis en place une stratégie interventionniste pilotée par l’État afin de rattraper leur retard au démarrage, avec avec l’objectif de faire du pays le futur leader mondial dans l’impression 3D. La Chine compte aussi bénéficier de l’effet d’aubaine d’expiration de certains brevets historiques, ce qui est le cas par exemple pour les technologies de frittage depuis fin 2014. La Chine et son autorité centrale a prévu un plan de financement du secteur de 170 millions d’euros sur 7 ans. Le pays compte dépasser le 1er marché du monde, les Etats-Unis, d’ici trois ans au maximum.

À Singapour, petit État par la taille mais grand pays par son ambition, c’est un plan d’investissement de 500 millions de dollars sur 5 ans qui a été débloqué. L’objectif du pays est de devenir leader dans l’adaptation des business models à la customisation de masse, un des bénéfices forts de l’impression 3D.

En Australie, il a été décidé la mise en place d’un réseau de coopération, sur le modèle américain, entre entreprises (300 PME) et les Universités. Un budget de 250 millions de dollars a été débloqué pour investir dans l’impression 3D. le pays bénéficie aussi d’une ressource minière en titane, qui le place en bonne position pour développer la fabrication additive métallique sous forme de poudre ou d’alliage, afin de conquérir des secteurs comme l’aéronautique.

En France, une structure comme l’Association Française de Prototypage Rapide joue un rôle qui pourrait être équivalent aux réseaux mis en place aux Etats-Unis et en Allemagne, en coordonnant à l’intérieur du territoire les forces vives entrepreneuriales et universitaires, et en représentant au niveau international la voix de la France sur la fabrication additive. Par ailleurs, un programme d’investissement d’avenir de 305 millions d’euros a été lancé en 2014 pour dessiner l’industrie du futur ou industrie 4.0, mais l’impression 3D n’est citée que comme une technologie parmi d’autres comme la réalité augmentée ou les objets connectés. Un appel à projet pour doter le territoire français de Fab Labs a été lancé en 2014 pour financer ces structures d’ateliers de fabrication numérique. Doté de quelques millions d’euros il devait doper des structures existantes ou en cours de création, mais la plupart n’ont pas survécu. Enfin, des acteurs privés comme Prodways constituent des vecteurs importants d’investissements, soutenus par les opérateurs publics comme lors du rachat de la société Phidias par Prodways en 2013. Un projet soutenu par le Ministre de l’économie de l’époque, Arnaud Montebourg, qui ne souhaitait pas que la technologie Phidias soit vendue à l’étranger.

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